lundi, octobre 25, 2004

mille neuf cent quatrevingt-treize

Cet été 1993, seul assis à ma table, le silence au-dedans, la fenêtre vibre du camion qui passe, le bruit du dehors, je rêve.
Je rêve à ma réussite, je rêve au succès de mon futur mémoire, je rêve de ce canal et de ces concepteurs. Ce canal qui part de Beaucaire à Nourriguier est si capricieux que son niveau varie au-delà des limites fixées depuis que ces vantelles, sources de l’élément indispensable, ont été motorisées.
Le rêve imagine, le rêve construit une idée qui n’émerge que dans les rêves, une idée qui résout les équations impossibles.
Seul un rêve peut mettre en cause ce en quoi je crois, remettre en cause la base de mes acquis, remettre en cause le temps. Mais l’urgence, le canal, le mémoire, il faut réussir. La volonté pousse et peut importe mes croyances seul l’effet compte ; il faut essayer sinon l’espoir s’envole, le rêve s’éteint.
Tout se précipite, l’acte suit la pensée, le modèle donne des chiffres, les chiffres sont introduits dans le régulateur des vantelles, et l’observation, le calme s’imposent, le cheval fougueux est dompté. Le niveau du canal, bien sage, ne s’éloigne plus de cette valeur de consigne si cher au régleur. Quelques jours de suspense encore, des fois qu’un caractère particulier ait échappé à l’observateur. Mais non, je n’ai rien oublié.
La joie et la misère se rencontrent, la joie de la réussite du mémoire, de l’objectif atteint mais la misère de cette folie poussée par le rêve qui m’ont fait imaginer un autre monde.
Je n’ose en parler, même à cette main secourable qui m’aide pendant la rédaction du mémoire, je reste sur les chiffres sur l’abstrait. Cet autre monde je le vois, il est si différent, ce n’est qu’un rêve, la réalité est bien là. Je dois prouver au rêve son état de songe, le présenter au concret.
Mais surprise, devant d’autres sciences le rêve résiste et persiste ; il est temps de faire rendre grâce au rêve, peut-être que l’entendement d’une des responsables des unités de recherche de Montpellier ou un spécialiste en régulation pourrons détruire ce rêve ? Mais non, les bases que je leur ai données leur semblent pouvoir être soumises à publication. Le rêve ne veut pas mourir, alors je m’endors et ma volonté remporte le rêve en décembre 1993.
Ce jour, il en reste un canal régulé, une note de diplôme satisfaisante et les restes d’un rêve oublié.
Il y a longtemps maintenant, j’avais rêvé d’un autre monde, un monde où le temps serait parfait, où le temps nous appartiendrait. Chacun le sien au moment, pour l’enfant d’un jour, le jour serait sa vie, l’année l’infini ; pour l’adulte le jour serait l’instant, l’année de moins en moins jusqu’à ce quelle ressemble à celle d’avant, jusqu’à presque rien. L’équilibre, la mort ne serait que la fin d’une répétition fatigante. Si ce n’est ce paradoxe qui pousse l’instant à une nouvelle vie, une nouvelle éternité pour chaque expérience, et qui nous raccroche à la vie, à ses richesses quel que soit l’instant et l’âge. Et ces phénomènes physiques sans respect pour l’Humanité qui nous copie jusque dans les mécanismes de notre pensée. Ces phénomènes physiques qui veulent bien se dévoiler, s’éclaircir à condition d’avoir les mêmes droits que nous sur le temps, un temps individuel proportionnel à l’origine et de plus exponentiel. Mais chaque phénomène devrait avoir sa montre sa mesure ! Les systèmes sociaux ne voulant pas rester seuls dans un temps comparatif, réclameraient un temps déductif accordé à l’homme, aux systèmes physiques. Un temps qui supprimerait la jalousie et le zéro.

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