samedi, juillet 21, 2007

laprade

II

Sur l'herbe encore humide et les cailloux d'argent
Psyché pose au hasard ses pieds, et va songeant,
Et suit du souvenir la pente involontaire.
Les plaisirs de la nuit, ses terreurs, son mystère,
Revivent à la fois dans son coeur retracés ;
Elle tremble et rougit à ses propres pensers.
La terre ce matin semble à ses yeux nouvelle,
Et sur l'onde penchée elle s'y voit plus belle ;
Elle cherche avec crainte, avec ravissement,
Les vestiges sacrés de l'invisible amant ;
Elle va regardant sous les eaux diaphanes,
Dans le creux de rochers couverts par les lianes,
Dans les touffes de fleurs, et dans l'ombre des bois,
En tout lieu d'où s'échappe un parfum, une voix ;
Et partout, du gazon, de l'eau, de la feuillée,
Une voix lui répond par la sienne éveillée.

PSYCHE.

C'est bien la même terre, et le même printemps

Y verse un jour pareil aux mêmes habitants.

Entre les mêmes fleurs, le fleuve aux couleurs tendres,

De son mobile azur promène les méandres.

Hier, un chant planait déjà sur ces roseaux ;

L'émail et l'or paraient les plumes des oiseaux :

Et cependant la nuit, sans m'en dire la cause,

Semble avoir à ce monde ajouté quelque chose.

J'ai vu ces gais bouvreuils, cet aigle au regard fier ;

Tout m'est nouveau pourtant, tout est plus beau qu'hier ;

plus qu'hier la nature et me charme et m'invite ;

et comme dans mon coeur la sève y court plus vite !

CHOEUR INVISIBLE.

C'est que le roi nous a visité cette nuit.

Lépoux mystérieux vers ta couche conduit !

c'est qu'il a pour te voir traversé son empire,

Et répandu sur nous l'éclat de son sourire :

Et chaque fois qu'il vient, puissant avec bonté,

Il sème à pleine mains la vie et la beauté.

LES OISEAUX.

Il est des jours ou l'air supporte mieux nos ailes ;

Un mouvement plus doux berce les rameaux frêles ;

Les grains au bord des champs s'épanchent par milliers,

Et les fruits sont plus mûrs aux arbres familiers ;

Nos appels amoureux de plus loin se répondent ;

Près des nids à batir mousse et duvets abondent :

les brebis ont laissé plus de laine aux buissons ;

Les chênes sont peuplés de joyeuses chansons ;

Au roi qui fait pleuvoir tant de biens sur ces traces,

A l'amant de Psyché, les oiseaux rendent grâces.

LES PLANTES.

Il est aussi pour nous les jours où tout fleurit,

Au souffle calme et chaud d'un invisible esprit ;

Une poussière d'or jaunit les étamines,

Des sucs plus nourrissants abreuvent les racines,

Lépi laiteux jaillit et gonfle sur le blé,

Le nombre des bourgeons sur la branche est doublé,

Et dans le sein desfleurs apportant des délices,

Un doux vent l'un sur l'autre incline nos calices.

Ce qu'alors nous puisons dans la terre ou le ciel,

En nos veines devient parfum, couleur et miel ;

Les rayons et la sève à nos tiges affluent :

O roi jeune et fécond, les plantes te saluent !

LES SOURCES.

Il est des jours sacrés, des jours que nous aimons,

Où la source descend plus pure aux pieds des monts ;

Où, sur le sable fin, sans pluie et sans tourmente,

L'onde semble dormir, et pourtant suit sa pente ;

Où nul flotne s'irrite et ne gronde en marchant ;

le peuple des forêts s'égaie à notre chant ;

Le vent ne jette rien que fleurs et vert feillage

Sur l'argent des graviers et l'or des coquillages ;

Et mille êtres, mêlés par un amour fécond,

Sagitent sous les eaux sans en troubler le fond.




Cinq minutes de rire pour un adulte, durent une éternité pour un enfant.

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